Cahier de guerre 1914-1918 de Constant Vincent

1916

Le 1er et le 2 (janvier 1916) repos mais aussi on a fait la noce. Le 3 départ en permission de 7 jours. Je n'étais pas allé chez nous depuis le 26 avril 1915. J'ai pris le train à 13 heures à Savonnières. Je suis passé par Paris, où je suis arrivé à 1 heure et reparti à 8 heures de Montparnasse, pour arriver à 7 heures le soir à Gémozac. Ma permission s'est plus ou moins bien passée. Le 11 je suis allé me promener à Libourne où j'ai été très bien reçu. Le 14 au matin, j'ai repris le train en compagnie d'un camarade de Mortagne. Nous avons fait un bon voyage. A Paris, nous sommes allés nous promener, car nous y étions arrivés à 9 heures le soir. Le 15 je quitte Paris à 1 heure de l'après-midi, et je suis allé coucher à Vitry-le-François, et en suis reparti le 16 à 8 heures. A 10 je descendais du train. Je partais pour Bazincourt d'où j'étais parti, quand à Aulnois j'apprends que la division était partie. Alors je me suis mis en route avec les téléphonistes de la division (vers le sud-ouest). J'ai fait plus de 25 kilomètres sans pouvoir retrouver le bataillon, alors j'ai couché à Bienville (au bord de la Marne) dans un poste avec des garde-voies. Le 17 départ 6 heures. Il fait froid, mais il fait beau. Il me faut rejoindre ce jour-là à tout prix. Je suis passé par Prez, Troisfontaines où là des bons gens m'ont payé un bon café et donné un litre de vin. Ensuite j'ai rattrapé le Bataillon à Voillecomte où nous avons cantonné.

Mardi 18 départ 7 heures : passé par Montier-en-Dizier et plusieurs autres petits pays. On a cantonné à Joncreuil. Le 19 départ 7 heures : passés par Chassericourt, Margerie, Chapelaine, Brienne où l'on a cantonné. Le 20 il pleut. Départ 7 heures : passés par Saint-Ouen, Lhuître, Grandville, Dosnon, Trouans-le petit. A trois heures de l'après-midi, on est arrivé au camp de Mailly, où l'on a cantonné dans les casernes et autres baraquements. On était couché sur des paillasses et on avait des couvertures à volonté, non sans besoin car il faisait froid. Pendant cette marche de quatre jours (90 km), nous sommes passés par plusieurs départements. Parti de Bazincourt Meuse, passé dans la Haute-Marne, l'Aube, la Marne et retourné dans l'Aube. Le camp de Mailly n'a rien de bien beau. C'est une plaine immense plantée ça et là de bois de sapins. Je garderai toujours un souvenir de ce pays car c'est là que j'ai eu ma première punition depuis que j'étais au régiment, dont 12 jours de prison.

Le 21 repos. Le 22 la soirée exercice de bataillon. Dimanche 23 il fait très beau. La soirée, exercice de régiment. Nous sommes rentrés quand il faisait déjà noir et on a défilé avec la musique. Le 24 de garde au poste de police. Mardi 25 dans la soirée, rassemblement de la division, qui à trois heures fut passée en revue par plusieurs généraux, dont celui d'Armée et de corps d'Armée, sur le terrain de manoeuvre. Le 26, repos douches. Le 27 la soirée, manoeuvre de bataillon. Le 28 beau temps, manoeuvre de division qui fut terminée de bonne heure. Le 29 au matin exercice de bataillon, le soir repos. Dimanche 30 exercice de nuit : départ trois heures, rentrée 10 heures. Je suis de jour. Le 31 la soirée, exercice.

Le 1er on se prépare pour quitter Mailly. Le 2 départ à 9 heures : passé par Trouans-le-petit, Dosnon, Arcis-sur-Aube où nous avons embarqué et d'où nous sommes partis le soir à 5 heures. Le 3 à 1 heure du matin nous étions à Mussey (à l'ouest de Bar-le-Duc) où nous avons débarqués. Nous sommes allés cantonner à 9 kilomètres de ce dernier, à Beurey. Le 4 revue et il pleut. Le 5 la pluie continue et on est allé à l'exercice. Dimanche 6 repos. Je suis allé à la messe. Lundi 7 exercice à Trémont où il y avait du 47ème d'artillerie. La soirée tir. Mardi 8 douche à Robert Espagne, où est cantonné le 3ème bataillon. Le 9 il fait très froid et il neige. Nous sommes allés au tir. Le 10 vaccination, aussi je suis bien malade.

Camp de Mailly - Mess des Officiers

Camp de Mailly - La Soupe sur le Plumard

Le 11 (février) il gèle et il neige, le soir alerte. Ce jour là les officiers étaient partis pour aller reconnaître un secteur, lequel nous devions occuper peu de jours après. Mais en cours de route, on leur a fait faire demi-tour. Aussi à partir de ce jour on prévoit que quelque chose nous attend. Car depuis longtemps déjà on parlait très souvent de Verdun, et comme nous étions au repos dans la Meuse, on se disait qu'il devait y en avoir une petite part pour nous. Le 12 départ de Beurey à 9 heures, et malgré que la plupart sont encore malades vu que nous avions été vaccinés le 10, tout le monde doit porter son sac et faire 15 kilomètres. On est passé par Trémont, Combles, Bar-le-Duc, Behonne où nous avons cantonné. Le 13, un dimanche, départ 7 heures : passé par Vavincourt, Petit-Rumon, Erize-la-Brûlée, Rosne, Erize-la-Grande, où nous avons cantonné.

Le 14 repos, il pleut. Ce jour là une quantité de gens sont passés, venant des villages environnant Verdun. On pouvait se représenter un petit peu la retraite de Charleroi. Ces gens s'en allant sans savoir où et emportant avec eux à peine leur nécessaire, ayant tout abandonné dans leur départ précipité. Tout cela nous laissaient dans l'incertitude. Le 15 il fait un temps superbe, départ 9 heures. On a fait 10 kilomètres pour aller cantonner à Deuxnouds. Le 16 février alerte à minuit. On nous donne des cartouches et à 2 heures nous partons. On a fait 4 kilomètres pour rejoindre la grande route qui mène à Clermont. Là, à la point du jour, nous avons été pris par les automobiles qui nous ont conduit à 3 kilomètres au delà de Verdun, tout en passant par ce dernier. De là, on est allé au fort de Tavannes, qui ne se trouvait qu'à quelques kilomètres. Nous en sommes repartis le jour même vers 11 heures pour retourner à Verdun, aux casernes de Jardin-Fontaine. Le jour on a eu repos, le soir on a pu sortir un moment en ville. Le 18 repos. Revue par le Colonel. On n'a pas pu sortir de la caserne, on reste toujours consigné. Le 19 départ 8 heures. Nous sommes allés aux casernes Chevert, qui ne se trouvaient qu'à quelques kilomètres de là (à l'est). Ce jour là il pleut. Dimanche 20 il fait très beau, on a repos. Tout le jour le canon s'est fait entendre plus fort que de coutume.

Situation géographique de Verdun sur le front franco-allemand en 1916

Les fronts de Verdun au 21 février, 26 février, juin et 15 décembre 1916 - situation géographique du bois des Caures

Déclenchement de la bataille de Verdun, bois des Caures (21 février - 1er mars 1916)

 

JMO du 60e RI, Verdun février 1916 : pages 84 à 89

Lundi 21 réveil 2 heures. Nous sommes allés à 2 kilomètres prendre le train, car nous devions aller travailler tout le jour à quelque (distance) des premières lignes. Quand on est dans le train, la plupart sont contents et chantent. Pourtant il fait froid et on doit passer la journée presque sans manger, car personne n'avait été averti de ce départ. A 7 heures on est arrivé (à la côte 344 au sud du bois des Caures). Il a gelé fort et il fait froid. On doit passer dans des boyaux où nous avons de l'eau et de la glace jusqu'aux genoux. On y a à peine fait cent mètres qu'un violent bombardement de la part des boches se déclenche, aussi en un instant les obus tombent tout près de nous. On ne bouge pas, on attend qu'ils nous tombent dessus. Chose qui est arrivée peu après. Il y a à peine 10 minutes que nous sommes là qu'un obus de gros calibre tombe en plein dans le boyau où nous sommes, où 18 sont touchés dont 12 morts. Malgré les obus qui ne cessent de tomber, on réussit à partir à l'arrière en passant par les tranchées pleines d'eau et de glaces. Il fait froid. Aussi après avoir fait quelques kilomètres, on s'arrête et on fait du feu pour se réchauffer tout en attendant les ordres, car le colonel, parti lui aussi le matin en reconnaissance, n'est venu nous rejoindre que tard dans la soirée. Enfin vers 8 heures on retourne à Chevert où là on a pu se changer et souper.

Le 22 départ à 3 heures. Nous sommes allés prendre nos emplacements d'alerte à la droite de Bras où nous avons passé tout le jour. Le bombardement est continu. Verdun reçoit des obus, ainsi que les villages environnants. L'accès des routes et voies ferrées allant de Verdun vers les premières lignes est devenu impossible, vu la violence du bombardement. Les boches attaquent et avancent, anéantissant la plupart des régiments qui sont en première lignes, et nous faisant une quantité de prisonniers. Le soir la situation est devenue alarmante. La première ligne est brisée. L'artillerie ne tire plus car la plupart des pièces sont démolies ou ensevelies et le ravitaillement est devenu impossible. A 9 heures nous recevons l'ordre de monter. Sur notre route on rencontre le 363ème où règne une vraie débandade. Les artilleurs font tous demi-tour. On rencontre aussi quelques chasseurs blessés qui ont pu échapper aux boches et qui nous disent qu'il ne reste rien des premières lignes, et que bientôt nous allons rencontrer les boches, car à ce moment là nous étions sur la grande route qui mène à Beaumont en passant au bois des Caures, dont nous étions qu'à 500 mètres à peine. Le bombardement est terrible. La route n'est pas praticable et est jonchée de cadavres, chevaux morts, blessés. On voit de tout, les charrettes brisées. C'est une chose qui fait peine à voir. Et à 11 heures on a atteint la lisière du bois des Caures. A la place des Français on y a trouvé les boches. On doit attaquer aussitôt, mais comme il ne nous reste plus d'artillerie, l'attaque est repoussée au lendemain. La 5ème compagnie reste en réserve.

Le 23 à 1 heure du matin, on va à la soupe. Aussi tant bien que mal on mange un peu. Comme j'ai moi-même accompagné la corvée malgré que les obus tombent, j'ai mangé d'un bon appétit et bu un bon coup de pinard en attendant d'autres évènements. A 7 heures, nous montons au bois des Caures, à l'emplacement de la huitième compagnie, qui elle avance dans les bois et doit attaquer à midi. Il fait très froid, la neige tombe. Le bombardement est toujours très intense, aussi toute communication avec l'arrière est devenu presque impossible. On ne sait rien de ce qui se passe. Vers 11 heures on se met en route dans les bois pour rejoindre la 8ème compagnie et attaquer avec elle à midi, quand en cours de route on rencontre les boches qui s'avancent en quantité sur nous. Il nous restent qu'une chose à faire, retourner au point de départ. Va-t-on y réussir, c'est ce que l'on se demande, car on reçoit des coups de fusils de tous les côtés. Enfin en un quart d'heure nous y sommes. Mais la 8ème compagnie est toute entière prisonnière, et à la 5ème il y a plusieurs morts et blessés dont le lieutenant Boivin, qui à ce moment commandait la compagnie. Il fut remplacé aussitôt par le sous-lieutenant Schimt. La journée s'est ainsi terminée mais elle fut loin d'être gaie.

Le 24 il fait toujours froid et la neige tombe. Comme la veille, on n'a pas à manger, et on commence à avoir faim. Et comme depuis trois nuits on ne s'est pour ainsi dire pas reposés, on commence à se sentir fatigués. Malgré cela on travaille de bon cœur à se faire une tranchée, car à chaque instant on s'attend à être attaqués. Vers trois heures de l'après-midi, un bombardement terrible sur Beaumont de la part des boches et attaque en masse. Ils prennent Beaumont et font plusieurs compagnies prisonnières, mais sont chassés aussitôt par nos feux de mitrailleuses. A ce moment toute communication à l'arrière pour nous est impossible. Pas une pièce d'artillerie de chez nous ne tire, aussi la position n'est pas agréable. Malgré tout, nous tenons jusqu'à minuit. Pourtant les boches nous ont attaqués 7 fois de 4 heures à minuit, mais comme on fait le simulacre de charger à la baïonnette, ils ont peur et se retirent. Il nous reste qu'un seul espoir, celui d'être prisonniers.

Le 25 vers une heure tout est calme autant d'un côté que de l'autre, et comme on a reçu l'ordre de partir, on profite de cette tranquillité pour partir. Tout se passe bien. Au petit jour nous rentrons à Belleville, pays abandonné et bombardé. Ici rien ne manque, c'est un vrai pillage. On y fait une bombe effrénée car on est sorti de cette fournaise, on ne sait par quelle fatalité. En ce jour les troupes de renfort sont venues et peuvent tenir tête aux attaques boches qui continuent de plus en plus terribles.

(Note : Durant ces jours de lutte, Rondeau de Jazennes, qui a accompagné Constant Vincent du 57e au 60e RI, est fait prisonnier par les Allemands. Il meurt de maladie en captivité le 31 mars 1916.)

Dimanche 26 départ 4 heures. Nous croyons partir à l'arrière quand on nous fait monter en réserve derrière le 44ème qui lui est au fort de Vaux. Le matin il neige et tout est calme mais vers midi le bombardement recommence, aussi on a vu de quoi d'effrayant. Les 27-28-29, nous restons au même emplacement et le bombardement est continu. A chaque instant il y a des morts et des blessés. Mercredi 1er (mars) nous creusons des boyaux de communication. Tout se passe bien. Dans la nuit nous avons été relevés par le 409ème.

Un obus de 210 arrive de plein fouet sur le Poste de commandement du Lieutenant-Colonel Driant (Bois des Caures - reconstitution)

Le 21 février, à 16h45, le Bois des Caures n'est plus qu'un amas de décombres (Bois des Caures - reconstitution)

Extraits de "Verdun - le premier choc à la 72e DI" concernant le 2e bataillon du 60e RI (avec cartes détaillées)

Vers le sud-est : nord de Toul (2 mars - 10 avril 1916)

Le 2 (mars) au petit jour nous arrivons à Oudainville (Haudainville), où se trouve tout le régiment. Là nous sommes logés dans des péniches qui sont sur le canal. A part les avions qui sont venus nous jeter des bombes, nous avons été tranquille. Le 3 on nous apprend que nous partons le soir même. Alors tout le jour on nettoie nos effets. Ce jour là, j'ai été proposé pour être nommé sergent. Le 4 à 4 heures nous montions en autos. Nous sommes passé par Souilly, Heippes, Issocourt, Chaumont-sur-Aire, Rembercourt (la Voie sacrée), pays à moitié détruit par le bombardement en 1914. A 4 heures du soir nous le quittions pour aller cantonner à Villote-le-Pot (Villote-devant-Louppy). Dimanche 5 départ 8 heures pour aller cantonner à Louppy-le-Château. Le 6 il neige. Marche de 28 kilomètres. Départ 6 heures : passé par Laimont, Mussey (à l'ouest de Bar-le-Duc) où nous avions déparqué en 1916 venant du camp de Mailly, Haironville et plusieurs autres petits pays. La marche a été très fatigante, car il n'y avait pas moins de 25 à 30 centimètres d'épaisseur de neige. Nous avons cantonné à Rupt-aux-Nonains, pays où nous avions passé au mois de décembre 1915 et où nous avions été très bien reçus. Le 7 il fait beau temps, on a repos. Le 8 lavage du linge et revue du cantonnement. Le jeudi 9 départ 8 heures : passé par Bazincourt où nous avions eu 25 jours de repos au mois de décembre 1915, Lavincourt, Stainville, Ménil-sur-Saulx, le Bouchon, Dammarie, Morley, Couvertpuis, Hévilliers, Ribeaucourt où nous avons cantonnés. Nous avons fait ce jour là 28 kilomètres et pourtant il tombait encore de la neige. Le 10 départ à 9 heures : passé par Houdelaincourt où était cantonné le 9ème bataillon de marche du 13ème d'Infanterie. Ensuite Delouze, Rosières-en-Blois où nous avons cantonnés. La journée a été à peu près belle, mais la nuit il est retombé de la neige.

Samedi 11 départ 7 heures : passé par Badonvilliers, Epiez, Burey-en-Vaux, Vannes-le-Châtel où nous avons cantonné. Dans la soirée je suis allé en compagnie de deux camarades visiter la verrerie de Vannes où se fabriquait des verres de toutes sortes. J'ai trouvé cela très intéressant, aussi ai-je passé une soirée agréable. Dimanche 12 départ 9 heures. Il fait beau. Nous sommes allés cantonner à Colombey-les-Belles, où j'étais passé en 1914 au début de la mobilisation, étant au 57ème. Le 13 repos. Ce jour là nous avons eu à la compagnie un renfort de 325 hommes venant du bataillon de marche du 55ème. Le 14 repos. Il fait beau temps. Ce jour là j'apprends que je suis nommé sergent.

Le 15 beau temps. Départ de Colombey-les-Belles à 7 heures. Nous sommes allés cantonner à Toul dans une caserne. Le 16 départ 7 heures. On a traversé la ville de Toul pour aller cantonner à Bruley où nous avons passé quelques bons jours de repos. Le 17 installation et revue du cantonnement. Le 18 on a fait un peu d'exercice. Ce jour là nous avons eu un renfort venant de plusieurs régiments du 5ème corps. Dimanche 19 prise d'arme et décoration du Drapeau du 60ème par le Général Dubail. Le 20 exercice pour nous distraire. Le 21 douche et repos. Le 22 je suis de garde. Le soir on a fêté notre nomination de sous-officiers.

Le 23 départ de Bruley à 1 heure, arrivé à 5 heures à Grosrouvres, où nous avons cantonné. Le reste du jour repos. Le 24 le matin exercice, le soir revue. Le 25 départ 5 heures. Nous sommes allés travailler en avant de Grosrouvres, sur la bord de la grande route de Nancy à Saint-Mihiel. Rentré le soir à 6 heures. Le même jour nous avons eu un nouveau chef de section, le sous-lieutenant Catelon, qui fut évacué pour maladie au mois de septembre 1916 après notre première attaque de la Somme, et s'est tué quelques temps après au dépôt divisionnaire en montant à cheval. C'était un père de famille. Le 26 même travail que le 25. Le 27 aussi. Le 28 nous avons été vaccinés. Le 29 repos complet. Le 30 nettoyage et revue. Bombardement du patelin (Grosrouvres, près de Toul) de jour et de nuit, aussi on n'a pas pu dormir tranquille. Le 31 le matin nous sommes retournés au travail. Le soir départ de Grosrouvres à 6 heures. On est retourné un peu plus à l'arrière, dans les baraquements dans le bois La Reine, où là nous n'avons point été bombardés.

Le 1er (avril) beau temps, grande activité des avions. Travail tout le jour. Ce jour là notre chef de section a reçu la médaille militaire à Andilly, où se trouvait le Colonel. Le 2 et 3 même travail qu'à l'habitude. Grande activité d'avions et duel d'artillerie. Le 4 revaccination. Le 5 repos complet. Le 6 également. Le 7 beau temps : le matin exercice, le soir au travail. Le 8 je suis de jour : le matin exercice, le soir repos pour moi. Dimanche 9 le matin exercice, le soir battage des couvertures et revue d'armes. Le 10 le matin au travail, mais on est à peine rendu qu'on reçoit l'ordre de rentrer. Départ du bois La Reine. A 6 heures du soir nous sommes allés cantonner à Lucey. A 11 heures du soir nous avons fait réveillon chez une bonne vieille, mais son vin était encore meilleur qu'elle.

La guerre en Lorraine - Grosrouvres

Verdun - La Voie Sacrée

ballon d'observation français, surnommé "saucisse"

avions français et allemands utilisés dans le ciel de Verdun en 1916

Retour à Verdun (11 avril - 19 mai 1916)

 

JMO du 60e RI, Verdun avril - mai 1916 : pages 98 à 105

Le 11 à 7 heures du matin, nous étions en automobile. Nous sommes passés par Toul, Pagny-sur-Meuse, où le 19 août 1914 nous avions pris le train pour partir en Belgique. A ce moment j'étais au 57ème. De là Ligny, Bar-le-Duc, Erize-la-Grande, Souilly. On a débarqué à 9 kilomètres de Verdun. On est allé cantonner à Bellevue, petit pays vraiment dégoûtant où il n'y avait aucun habitant. Et pourtant il nous avait fallu faire de 15 à 20 kilomètres après avoir quitté les autos, et cela de nuit et sans avoir à manger. Nous sommes repassés par Houdainville où nous avions cantonné le 2 mars 1916. Le 12 il pleut, on a repos complet. Le 13 il pleut, reconnaissance du secteur. Le soir nous avons relevé le 140ème d'Infanterie au redoute de la Laufée (à l'est du fort de Tavannes et de Verdun). Malgré que nous ayons été bombardés tout le long de la route, tout s'est passé sans accident. Mais vraiment nous nous trouvions dans un mauvais trou dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux, et d'où on ne pouvait sortir que la nuit, vu que nous avions un bombardement continu. Le 14 j'étais au poste d'observation. Le bombardement a été continu tout le jour. Samedi 15 le jour repos, le soir on a porté des piquets à la ferme Bourvaux, où se trouvait le 1er peloton de la compagnie. Toujours un bombardement intense. Ce soir là vers 10 heures une reconnaissance a été faite dans la direction du bois Carré par 30 hommes commandés par l'aspirant Nigoul qui fut nommé sous-lieutenant au mois de septembre 1916 et a été blessé grièvement par une balle en Champagne au mois de novembre de la même année. Le résultat de la reconnaissance fut nul et sans accident.

Dimanche 16 avril, le soir, je suis allé occuper un poste avec 15 hommes à 800 mètres en avant de notre première ligne. Le lendemain matin j'ai eu la chance d'être relevé à 4 heures et pas fâché, on peut le croire. Le 17 de 7 heures à 11 heures, travail où nous avons été bien bombardés et où une seconde de plus je n'existais plus.

De 1 heure à 6 heures, deux corvées à la batterie du Mardi-Gras. Le 18 même travail que la veille. Le 19 de garde au poste d'observation. J'ai été relevé le soir. Le 20 le jour repos. Toute la nuit nous avons fait des corvées. On a porté des piquets et du fil de fer. Jamais je n'avais vu un travail aussi pénible, aussi j'aurai donné ma vie pour rien de me voir avec 25 hommes dans la boue jusqu'aux genoux et sous un bombardement terrible . Enfin avec du courage on s'en est encore sorti. Vendredi 21 le jour repos, le soir je suis allé au poste de liaison et fait une patrouille à minuit. Le 22 je suis malade. Dimanche 23 le soir j'ai accompagné la corvée de soupe à la batterie du Mardi-Gras, un endroit qui était bombardé continuellement, aussi on peut voir quel plaisir. A minuit nous avons été relevés par la 7ème compagnie.

sortie du tunnel ferroviaire de Tavannes

débris du fort de Vaux après la guerre

Les défenseurs du fort de Vaux, près de Verdun

séance d'épouillage

On est allé en réserve à Fontaine Tavannes. Le 24 beau temps, aussi on commence à revivre un peu, car après une telle fatigue on était à peu près tous rendus à bout de forces et couvert de boue. A 11 heures du soir nous avons été relevés par un bataillon du 415ème. Tout s'est bien passé. Le 25 on est arrivé à Haudainville à 6 heures du matin. Tout le jour repos. Le 26 travaux de propreté et de nettoyage du cantonnement car on n'a jamais rien vu de si sale. Le 27 à 2 heures du matin alerte, mais on n'est pas parti. Le jour on continue le nettoyage. Le 28 le matin revue du cantonnement par le Colonel, le soir corvée de lavage. Le 29 exercice et lancement de grenade. On nous apprend que quelques jours après nous devons remonter pour attaquer. Ce même jour une dizaine d'obus sont tombés sur Haudainville. Dimanche 30 beau temps : exercice et revue. Depuis que nous étions descendus des tranchées un tiers du régiment avait été évacué pour cause de maladie, aussi on se demandait si oui ou non nous allions remonter et attaquer.

Le 1er et le 2 (mai) tous les jours exercice. Le 3 le matin lancement de grenade dans la Meuse, ce qui nous a permis de faire une belle pêche en même temps qu'une partie de plaisir. Le soir même on nous apprend que la brigade est relevée et part au repos. Le 4 départ d'Haudainville à 10 heures du matin par une chaleur atroce. Nous avions environ 15 kilomètres a faire avant de prendre les autos. En route nous avons rencontré le 2ème bataillon du 57ème, aussi j'ai revu beaucoup d'anciens camarades ainsi que mon ancien capitaine Couraud avec qui j'ai causé un moment.

A 4 heures du soir nous étions dans les autos. Nous sommes passés par Bar-le-Duc, Sermenaize. A minuit nous débarquions à Etrepy où nous sommes restés plusieurs jours. Etrepy est un petit pays situé sur le bord du canal de la Marne au Rhin. Il fut démoli et brûlé en 1914. Au moment de la bataille de la Marne les Allemands ne vinrent pas plus loin. Le 5 réveil 7 heures et aussitôt installation du cantonnement. La compagnie était commandée à ce moment par le capitaine Rolland qui était loin d'être commode. Il était depuis le début de la campagne lieutenant au ravitaillement. Il venait d'être nommé capitaine et avait pris le commandement de la compagnie 2 jours avant d'être relevé du secteur de la Laufée. Le 6 mai le matin il pleut. On continue l'installation du cantonnement. Dimanche 7 mai repos complet, à 9 heures messe. Le 8 revue des effets équipements. Le 9 je suis de jour : même travail que la veille. Le 10 mai promenade hygiénique sur la grande route menant à Vitry : passé par Vignecourt, pays au trois quart démoli et brûlé. On a suivi le canal pour rentrer sur Etrepy. Le soir à 1 heure exercice de la pompe à incendie où on s'est amusé. A 2 heures départ pour la promenade. Passé par Heiltz-le-Maurupt où on a fait une halte d'un quart d'heure. On a visité l'église qui a eu l'intérieur brûlé et démoli en 1914 au moment de la bataille de la Marne. Les autres maisons furent au trois quart brûlées. De là Minecourt et on est rentré. Le 11 le matin promenade à travers champs où on a vu beaucoup de tombes de Français et de boches tués à la bataille de la Marne. Le soir passé par Minecourt, joli petit pays, Vignecourt et rentré en suivant le canal. En arrivant il y a eu musique. A 8 heures du soir départ de plusieurs permissionnaires. Le 12 le matin douche, le soir promenade à Pargny-sur-Saulx. Le 13 promenade à Vignecourt, le soir il pleut. Dimanche 14 mai tout le jour repos. Le matin on est allé à la messe. La soirée avec quatre de mes camarades, nous sommes allés souper à Jussecourt où on a pris une petite partie de plaisir. On est rentré à huit heures, craignant d'être punis. Lundi 15 il pleut alors repos. Le 16 le matin revue d'armes par le chef armurier, le soir promenade : passé par Bignicourt où on a visiter l'église dont la toiture a été traversée par deux obus de 75 en 1914. Un seul a éclaté. Continué jusqu'à Buisson et fait demi-tour. Le soir il y a eu départ de permissionnaires. Le 17 je suis de jour. Le matin exercice de pontage à Pargny, le soir repos. Le 18 le matin lancement de grenades, le soir concert au troisième bataillon. Moi je suis malade. Le 19 malade. Pour la compagnie tout le jour exercice. Le 20 marche : passé par Buisson, Bignicourt, le soir repos.

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