Cahier de guerre 1914-1918 de Constant Vincent

1916 suite

"Repos" dans les Vosges et en Alsace (20 mai -21 juillet 1916)

Dimanche 21 mai je suis de jour. Départ d'Etrepy, il faisait chaud. On a fait 7 kilomètres pour aller embarquer à Blesme d'où nous sommes partis à 6 heures du soir. Passé par Pagny-sur-Saulx Sermaize-les-Bains, Revigny, Bar-le-Duc, Nançois-Tronville, Gondecourt (Grimaucourt) où je me suis endormi et réveillé à Mirecourt où se trouvait un bataillon du 44ème. On a continué sur Hymont, Cacéron (Racécourt), Dompaire, Barneuille (Danieulles), Uxegney, Epinal, Arches, Donzelle (Docelles), Cheménille (Chéniménil), Deycimont, Lépanges, Laval, Bruyères. Enfin on est arrivé à Lavéline. Le lundi 22 à 9 heures on nous a débarqué là. Le pays était en fête car il y avait renouvellement de la première communion. Nous sommes allés cantonner à La Chapelle.

Le 23 départ de La Chapelle à 8 heures : passé par Laveline, Aumontzey, Granges où a cantonné tout le régiment. La marche ne fut pas fatigante car on était dans un joli pays un peu accidenté car nous étions dans les Vosges, mais tout à fait agréable. Granges est un joli pays et très industriel. Les gens y étaient tout à fait agréables, aussi notre passage y fut gai. C'est ce jour là que j'ai reçu une montre envoyée par mes parents, ce qui m'a fait plaisir. Le 24 départ de Granges à 6 heures. Comme la marche doit être longue et dans un pays montagneux, on n'a pas le sac. Il faisait chaud mais nous fûmes pour la plupart du temps dans des bois de sapins d'où se dégageait une forte odeur agréable et où coulait l'eau en abondance. On a fait que 15 kilomètres. Nous avons passé à Etohlie (le Tholy). On a cantonné dans une ferme à 1 kilomètre de ce dernier. La journée a été belle, la soirée on est allé se baigner.

Le 25 je suis de jour. Départ du Tholy à 4 heures : passé par Plaine, Creuilles, Julienrupt, Vagney où était cantonné le 47ème d'artillerie. On est arrivé à Thiéfosse à 10 heures où on a été très bien reçu. A l'entrée du pays, en travers de la route, une guirlande était placée portant l'inscription " Honneur aux braves de Verdun ". Le colonel et le commandant du 2ème bataillon reçurent chacun un bouquet. Le 26 je suis de garde au poste de police. 24 heures qui furent bien longues par rapport aux punis de prison qui à chaque instant cherchent à s'évader. Le 27 à 10 heures je suis relevé de garde. Le soir revue du cantonnement qui était tout à fait bien installé, aussi on a eu les félicitations du commandant de compagnie.

Le même jour le général de Villaret qui en 1915 commandait le 7ème corps d'armée est passé à Thiéfosse. Dimanche 28 repos. Le matin messe, la soirée concert de musique, et après souper je suis allé avec 4 camarades me promener dans un petit pays à 2 kilomètres. Le 29 revue en tenue de départ. Le 30 départ de Thiéfosse à 7 heures. On est allé cantonner à Saulxures où la soirée je suis allé visiter une filature de laine. Saulxures est un pays très agréable et où nous avons passé une bonne soirée. Le 31 départ à 6 heures : passé par Cornimont, Ménil. On a cantonné à Thillot, pays très important. On a vu de jolis magasins, très beaux cafés. On a visité l'église qui était tout à fait jolie. Ce même jour nous avons eu à la compagnie 40 hommes de renfort venant du 112ème d'infanterie. Cette fois tout le régiment était cantonné ensemble.

1er juin départ de Thillot à 5 heures. Passé par Saint-Maurice, le Ballon de Servanche où on voyait de la neige alors que s'était le mois de juin, Bussang où on a cantonné tout près de la gare. Je suis de jour. Bussang est un joli pays où on a fait une bonne partie de rigolade avec les copains.

Ancienne frontière franco-allemande 750 m d'Alt.

Urbès - vue générale

Le 2 juin départ de Bussang à 5 heures. Il faisait très beau. A 7 heures nous passions le tunnel où était la frontière depuis 1870. A la sortie on a salué l'ancienne terre française. Le général de la 66ème division nous a fait un discours et ensuite on s'est mis en route sur la terre reconquise. Premier village Urbès où l'on a vu les premiers Alsaciens surtout beaucoup d'Alsaciennes qui ont eu l'air de nous dire bonjour dans un langage où on a rien compris. Wesserling, pays important que l'on a traversé musique en tête et où on a défilé devant le colonel Gers. Ensuite Saint-Amarin où les habitants nous ont tout à fait bien accueilli. Les petites fillettes portaient d'énormes bouquets de fleurs qu'elles donnaient à qui on voulait. A notre arrivée il y a eu défilé avec la musique. Présentation du drapeau sur la place de Saint-Amarin. Tout cela était très joli mais on était fatigué car il faisait chaud. De là on est rentré au cantonnement et la soirée on a eu repos. Le 3 il pleut, il y a eu installation du cantonnement. Le dimanche 4 repos le matin messe spécialement pour les soldats car l'église quoique jolie était petite et n'aurait pu contenir civils et militaires. Car les gens de Saint-Amarin assistaient beaucoup à la messe, soi disant beaucoup plus pendant qu'avant la guerre. La soirée, concert donné par la musique sur la place. Nous étions dans ce pays comme dans une caserne, on ne pouvait partir qu'à des heures réglementaires et aussi dans une tenue réglementaire.

Le 5 juin il pleut. Le matin échange d'effets et le soir revue du cantonnement par le colonel Gers, commandant à ce moment la brigade. Le 6 il pleut. Le matin douche, le reste du jour repos. Le 7 encore la pluie et repos. Le 8 je suis de jour, on a eu exercice et théorie. Vendredi 9 tout le jour exercice pour nous distraire. Le 10 dans la soirée rassemblement du régiment sur le terrain de manouvre de Saint-Amarin. Revue par le colonel qui ensuite a distribué plusieurs croix de guerre. Ensuite musique et défilé. Dimanche 11 repos mais la section est de jour et de piquet, aussi on ne put sortir du cantonnement.

Le 12 théorie et exercice. Moi je suis allé faire laver le linge de la compagnie à une laveuse mécanique tenue par des Américains.

Le 13 il pleut, il y a eu vaccination. Le 14 exercice. Le 15 il faisait beau, j'étais de jour. Le soir revue du cantonnement par le général de Villaret. Le 16 réveil 5 heures. Départ de Saint-Amarin à huit heures pour aller occuper des emplacements de réserve derrière Steinbach à l'occasion d'un coup de main de notre part qui a été fait le lendemain soir et qui a eu pour résultat trois Français de tués, plusieurs blessés et on a fait un prisonnier boche, et puis on a eu nos tranchées démolies. Le coup de main a été fait par 50 hommes de trois régiments du 152ème d'infanterie, du 4ème chasseur à cheval et du 64ème chasseur à pied. Pour aller à Steinbach, nous sommes passé par Moosch, Villers, Bitschwiller et le jeune Thann qui à ce moment n'était pour ainsi dire pas démoli.

Samedi 17 juin nous sommes allés travailler tout le jour en première ligne et on a été toute la nuit en alerte, prêt à partir car on craignait une revanche des boches, chose qui n'a pas eu lieu. Aussi on nous a laissé tranquille. Dimanche 18 et lundi 19 même travail par bonheur tout a été calme on a pas reçu un coup de canon. Le lundi soir à 8 heures nous quittions les tranchées pour rentrer à Saint-Amarin. Nous sommes passés par le vieux Thann qui lui était à ce moment inhabité et au trois quarts démolis, Bitschwiller, Villers, Moosch et on est arrivé à Saint-Amarin à minuit. Le 20 le matin nettoyage, le soir exercice.

Le 21 toute la section était de garde au poste de police. Moi je gardais les prisonniers à la prison civile et où se trouvait une fille de 17 ans. La soirée il y eu concert. Le 22 revue en tenue de départ. A 4 heures concert. Après on s'est fait préparer à manger chez notre voisine qui était tout à fait gentille pour nous. On a chanté jusqu'à minuit.

Le 23 juin départ de Saint-Amarin à huit heures. Là on a pris le train qui nous a transporté jusqu'à Kruth. De là nous avions encore 15 kilomètres à faire pour monter en 2ème ligne au camp Viallet. La marche fut très pénible. Il nous a fallu monter à plus de deux milles d'altitude (en réalité les cols sont à 1200 mètres) et par une chaleur écrasante. Enfin à trois heures de l'après-midi nous étions à destination. Le 24 nettoyage des abris. Nous nous trouvions à peine à huit cents mètres des lignes boches mais on ne l'aurait pas dit, car nous n'avons jamais reçu un coup de canon. Nous étions là au milieu des bois de sapins dans une vraie solitude, respirant l'air pur de la montagne et trouvant un vrai plaisir à vivre dans une semblable tranquillité. Le 25 un dimanche la section a travaillé au petit poste Agard. Les 26-27-28 même travail que le 25. Le 29 je suis de jour. Pour la première fois je suis allé en première ligne porter des grenades. Le 30 même travail qu'à l'habitude.

Le 1er juillet travail au poste Agard. Dimanche 2 repos. Le 3 changement d'emplacement. Travail le matin de 4 à 8 heures, le soir de 15 à 19 heures. Les 4-5-6-7 et 8 même chose que le 3 mais nous avons eu quelques moments de repos, car il est tombé de l'eau. Dimanche 9 à 1 heure du matin alerte. Il n'y a rien eu, aussi on a pu se reposer. Le 10 et le 11 même travail que les autres jours mais le 11 mai j'avais repos. Il faisait très beau, aussi nous avons eu la visite des avions boches. Le 12 et le 13 toujours beau temps, même travail.

Le 14 juillet, à l'occasion de la fête nationale nous avons eu repos. Le soir nous avons eu un bon souper. On a chanté comme s'il n'y avait personne de plus heureux que nous au monde. Le 15 préparatifs au départ. Le 16 à 2 heures de l'après-midi nous avons été relevés par le 347ème d'infanterie. Ce soir là le régiment est allé cantonner à Wildenstein où on ne s'est pas fait de mauvais sang. Pendant notre séjour en ligne, tout s'était à peu près bien passé, excepté le dernier jour où il y a eu plusieurs tués et blessés au premier bataillon. A ce moment les premières lignes françaises se trouvaient à Mezeral (Metheral) où était le 44ème et au Wirzenfirtz (Hilsenfirst) occupé par le 60ème d'infanterie. Lundi 17 repos. Le 17 départ de Wildenstein à 5 heures. Nous sommes passés au Ballon d'Alsace (en réalité ce ballon est bien plus au sud) et au col de Bramont où on a repassé la frontière. On a cantonné à la Bresse, joli pays où on a été très bien reçu. J'ai couché dans un bon lit avec le camarade Bertin chez Madame Lemaire. Le 18 départ de la Bresse à 5 heures. Le régiment est allé cantonner à Gérardmer où on a encore fait une bonne partie de rigolade. Dans la soirée on est allé se promener en canot sur le lac et après on achetait les blagues à bon marché avec les copains Berthon, Cahen, David (sergent Lucien David).

Constant Vincent au 60ème RI, premier rang 2ème place - peut-être dans les Vosges

Carte postale datée du 18 juillet 1916 :

Chère Hélène

Tout va très bien. Mais nous avons quitté notre bon endroit. Nous sommes en route pour je ne sais où.

Au revoir sans Adieux on ne s'en fait pas.

Constant

Le 20 (19) juillet à 8 heures revue en tenue de départ. A midi départ de Gérardmer : passé par Le Mauzée (Aumontzey), arrivée à Laveline à 6 heures où on a mangé et on s'est reposé. A 10 heures nous avons embarqué pour partir à minuit. Il faisait beau, on était content car on venait de passer presque deux mois dans joli pays sain et agréable et où les gens ont été ce qu'il y a de plus agréable. Tous étaient vraiment dévoués pour faire plaisir au soldat, aussi c'est-il avec un peu de regrets que nous avons tout quitté pour aller dans la Somme où nous avons toutes les misères possibles pour s'en tirer. Le 21 grand voyage en chemin de fer (plein ouest vers Paris). A 9 heures du matin nous étions à Langres. On a continué par Epinal, Jussey, Langres, Chaumont, Bar-sur-Aube, Jessains, Troyes, Nogent-sur-Seine, Nangis, Champigny-la-bataille, Noisy-le-sec, Le Bourget, Amiens et Saleux (au sud-ouest d'Amiens) où nous avons débarqué le 22 à deux heures du matin.

La Somme : Bouchavesne (22 juillet - 4 octobre 1916)

JMO du 60e RI, Bouchavesne : pages 19 à 30

On est allé cantonner à Saveuse (22 juillet) dans des habitations construites la plupart en terre et qui étaient à moitié démolies. Les habitants ne valaient pas ceux des Vosges. Le pays est joli comme campagne car on voit d'immenses plaines et des récoltes abondantes en blés et avoines. Dans notre déplacement des Vosges dans la Somme, nous sommes restés 32 heures en chemin de fer. Le voyage a été agréable. On est passé dans différents départements : Vosges, Haute-Saône, Haute-Marne, Aube, Seine-et-Marne, Seine et la Somme.

Dimanche 23 tout le jour on a travaillé et le soir préparatifs au départ. Le 24 je suis de jour. On nous a laissé tranquille, ce qui nous a pas empêché de rire le soir. Le 25 départ de Saveuse à 7 heures : passé par Saleux, Dury, Saint-Fuscien, Boves. On a cantonné à Gentelles, vilain pays mais où on a eut la belle part pour rire, boire et manger. Le 26 matin exercice, le soir revue. Le 27 départ de Gentelle à 7 heures : passé par Cachy, Villers-Bretonneux,. On a cantonné au camp 61 sous les tentes. Le soir on est allé visiter un camp d'aviation. Le 28 le matin exercice, le soir lancement de grenade. Le 29 manouvre avec les signaux en vue d'une attaque prochaine.

Le 30 un dimanche manouvre. Le 31 le matin exercice, la soirée repos. Le 1er août je suis de jour : marche de bataillon. Le 2 départ du camp 61 à 4 heures du soir : passé par le Hamel, Sergy (Cerisy), Chipilly, Bray-sur-Somme. On est arrivé au camp de Suzanne à minuit. On a cantonné. On était à environ 10 kilomètres du front, aussi pas loin de nous c'est une canonnade continue et terrible. Le 3 août le matin montage des tentes, le soir revue d'armes. Le 4 repos. Le 5 le matin exercice, mais on nous fait retourner en vitesse. Le soir exercice de tir au fusil mitrailleur. Dimanche 6 août le matin exercice, le soir corvée de lavage. Le 7 je suis de jour. Reconnaissance du secteur par les officiers. Ce jour-là 5 obus sont tombés sur le camp mais n'ont fait aucun mal. Le soir on a creusé des tranchées abris. Le 8 continuation des tranchées.

Le 9 (août) je suis malade. Le soir à 7 heures départ pour les tranchées. On a relevé le 363ème au bois d'Hem. La relève s'est à peu près bien passée mais sous un terrible bombardement. Surtout à notre passage à Curlu et aux carrières. Le 10 journée calme, on a fait plusieurs prisonniers boches.

Le 11 à 5 heures du soir attaque d'un fortin par un bataillon du 44ème, 6ème compagnie du 60ème et 4ème section de la 5ème compagnie (la section de Constant). Tout a bien réussi, il y a que quelques morts et blessés. On a fait 150 prisonniers.

Le 12 bombardement intense des deux côtés. A 10 heures prise du bois Croisette par les éclaireurs du 2ème bataillon et la 1ère section de la 5ème compagnie. On a fait 23 prisonniers. A 5 heures dans la soirée attaque de la tranchée d'Hanovre par le 60ème et le 44ème. On a avancé de 1000 mètres environ. Le régiment n'a pas eu de pertes mais le 44ème lui a été bien éprouvé. De cette tranchée on aperçoit très bien Cléry qui ne se trouvait qu'à 5 ou 600 mètres. Les boches eurent beaucoup de pertes, tant que morts et prisonniers.

Les 13-14-15-16-17-18-19 nous sommes restés pour tenir la position sous un terrible bombardement. A chaque instant il y avait des morts et des blessés. On n'a pu manger que la nuit et encore dans des conditions affreuses. Il faisait très chaud, aussi notre plus grande souffrance était la soif, et pas moyen d'avoir seulement de l'eau. Toutes les nuits il nous a fallu travailler car chaque jour nous avancions de quelques mètres.

Enfin dans la nuit du 19 au 20 nous avons été relevés par un bataillon de chasseurs, le 67ème. La relève s'est faite sous le bombardement mais sans incident pour la compagnie. Le 20 à 6 heures du matin nous arrivions à Suzanne où une bonne soupe nous a été servie. Aussitôt mangé on a pris les autos qui nous ont conduits au camp 60 près de Hamel. On se trouvait dans un bois dans des baraquements où on a pu se reposer. Le 21 nettoyage des effets, la soirée douche. Le 22 le capitaine Boivin qui avait été blessé à Verdun au mois de février a repris le commandement de la compagnie. On ne saurait oublier son entrée. Car il a commencé par nous adresser des reproches qui pourtant ne nous semblaient pas mérités, mais il est vrai que c'était dans son habitude.

Cléry (Somme) - Le Village en ruines

Le dimanche 23 le matin messe, la soirée prise d'armes. Quoique bien malade il faut tout de même marcher. Le 24 exercice et théorie. Le 25 je suis de jour. Ce même jour on a reçu du renfort. Le 26 reconstitution de la compagnie qui d'après dix jours de tranchées était réduite à de petits effectifs. Il ne nous restait plus aucun officier aussi a-t-on trouvé un grand changement pendant bien des jours. Cela a aussi permis qu'aucun de nous n'a été récompensé du travail qu'il avait fait.

Dimanche 27 départ du camp 60 à 7 heures du matin. A midi nous étions rendu à Villers-Bretonneux où nous avons cantonné. Le 28 je suis de jour. Le matin installation du cantonnement, la soirée revue par le colonel. Et échange d'effets. Le 29 le matin exercice, la soirée corvée de lavage. A 6 heures le soir concert donné par la musique. Le 30 il pleut : théorie et revue. Le 31 matin douche. La soirée théorie et revue. Vendredi 1er je suis de jour. Le matin exercice, le soir repos. Le 2 le matin exercice. Le soir à trois heures départ de Villers-Bretonneux pour aller cantonner à Hamel. Le 3 départ de Hamel à 2 heures du matin : passés par Cerisy, Chipilly, Etinebem. On a cantonné au camp Suzanne. Le soir exercice et lancement de grenades. Le 4 septembre il pleut. Le soir à 5 heures alerte mais au bout d'une heure contre-ordre. Le 5 je suis de jour. Le régiment est en alerte, prêt à partir. A 4 heures du soir départ du camp de Suzanne. On est allé cantonner au Chapeau-de-Gendarme sous les tentes. Le 6 beau temps et repos. Le 7 théorie et exercice, pourtant les obus tombaient pas loin. Le 8 au matin exercice, le soir lancement de grenades.

Le 9 (septembre) au matin exercice, le soir corvée de lavage au moulin de Fargny dont nous étions tout près. En même temps on a pu se baigner dans l'écluse. Aussi ce fut pour nous une partie de plaisir. Dimanche 10 on a eu repos.

Le 11 le matin revue d'armes, la soirée repos. Mais à 7 heures du soir 60 hommes sont allés travailler au bois d'Herm et sont rentrés le 12 à 3 heures du matin. Et à 5 heures nous quittions le moulin de Pargny pour monter en réserve au boyau de Sauve-qui-peut car quelques jours auparavant c'était une position intenable, mais à ce moment il y avait un peu plus de tranquillité. Ce jour là grande attaque, prise de Bouchavesnes par le 44ème mais d'après les journaux c'était un bataillon de chasseurs qui l'avait pris. Dans la soirée on vu défiler beaucoup de prisonniers car pour une fois des bataillons entiers se rendaient sans combattre. A une heure de la soirée nous quittions le boyau de Sauve-qui-peut pour aller aux carrières où on est resté une heure. De là on est allé à la tranchée d'Hanovre. Aussitôt arrivé je suis allé reconnaître des positions plus à l'avant et abritées. C'est là que j'ai pu voir un vrai champ de bataille où gisaient les morts Français et boches en quantités innombrables. Chose qui ferait horreur à voir. A 9 heures, aussitôt mon retour nous quittions la tranchée d'Hanovre pour aller au ravin de Cléry.

Le 13 à la pointe du jour nous quittions le ravin de Cléry pour aller dans le bois Rainette. Et à 6 heures nous sommes partis dans le bois de Marrière dans la tranchée des Berlingots où là comme dans beaucoup d'endroits on voyait une quantité de boches morts. Ce jour là matin et soir je suis allé accompagner la corvée de soupe, chose très pénible car le bombardement est toujours continu et intense, aussi la vie n'est pas gaie.

Le jeudi 14 à 2 heures du matin le bataillon est monté en ligne remplacer un bataillon du 44ème. En cours de route il y a eu plusieurs morts et blessés. Les obus ne cessent de tomber. A 4 heures nous sommes en première ligne devant Bouchavesnes. Jusqu'à onze heures on est assez tranquille, mais à partir de cette heure le bombardement de la part des boches redouble d'intensité, aussi on prévoit une attaque de leur part. A midi on voit leur attaque se déclencher, alors on met sac au dos et sans plus de préparatif on part à l'attaque nous aussi. La rencontre fut terrible car nous nous sommes trouvés sous une pluie de balles et d'obus. Dans l'espace de deux heures les pertes pour le régiment étaient considérables mais nous avions conservé Bouchavesnes.

La soirée fut longue car jusqu'à la tombée de la nuit nous sommes restés sous une pluie de balles et d'obus et sans abris. Là comme dans beaucoup d'attaques beaucoup de nous furent atteints par nos obus mais à n'importe quel prix il fallait tenir et on a tenu. A 9 heures chose incroyable de part et d'autre régnait le plus grand calme. En première ligne on ne recevait pas un obus, pas une balle. Ce qui a permis de rétablir un peu l'ordre. A minuit on nous apprend que nous allons être relevés. Le 15 à 2 heures du matin le 42ème prenait notre place. Tout s'est à peu près bien passé pendant notre relève. Nous sommes revenus à la tranchée des Berlingots où les obus n'ont cessé de tomber.

Le 16 à 9 heures du soir nous sommes partis sur l'arrière car ce soir là le 7ème corps était relevé par le 5ème corps. A 11 heures du soir nous arrivions au moulin de Fargny où là on respirait un peu à son aise. On a mangé la soupe et ensuite on s'est rendu au camp Suzanne où on a bivouaqué.

Parcours du 2ème bataillon du 60ème RI pour aller relever le 44ème RI à la suite de la prise de Bouchavesnes des 12 et 13 septembre 1916

la prise de Bouchavesne pars les chasseurs le 12 septembre 1916

Dimanche 17 départ du camp Suzanne à 8 heures. On a pris les autos à Cappy. On est passé par Bray-sur-Somme, Proyart, Warfusée, Villers-Bretonneux, Domart où on a débarqué et cantonné. On a été très bien reçu, aussi on a pu boire à son aise un bon coup de vin blanc, ce qui nous a remis un peu de nos émotions. Car vraiment on venait d'en échapper encore une fois à une belle. Lundi 18 il pleut : nettoyage des effets. Le 19 départ de Domart à 11 heures en automobile : Passé par Hangard, Moreuil, un beau pays, Ailly-sur-Noye, le Bosquel, Conty. A 6 heures du soir nous arrivions au Taisnil où on a débarqué et cantonné. Petit pays où l'on a trouvé presque que du vin à acheter. Le 20 le matin installation du cantonnement, la soirée repos. Le soir après avoir soupé on est allé visiter un petit pays Rumaisnil où était cantonné le 1er bataillon. On a toute peine pu trouver une maison pour boire un coup. On a visité l'église, tout ce qu'il y avait de plus beau dans le pays car elle était toute neuve.

Le 21 je suis de jour : échange d'effets. Le 22 le matin repos, la soirée revue en tenue de départ. Le 23 départ du Taisnil à 1 heures du matin. Nous devions embarquer (en train) à 5 heures mais un grand retard s'étant produit on a pu partir que dans la soirée à trois heures. Heureusement il faisait très beau aussi la journée fut assez agréable. Départ de Prouzel à 15 heures : On est passé par Amiens, Longueau, Breteuil, Creil, Noisy-le sec. On est passé à ce dernier entre minuit et une heure. Château-Thierry, Epernay, Châlons-sur-Marne. A 9h30 le 24 nous débarquions à Coolus et nous sommes allés cantonner à quelques kilomètres plus loin, à Moncetz où on est resté que trois ou quatre jours, mais sans ce faire de mauvais sang. Lundi 25 repos. Mardi 26 revue du cantonnement par le commandant. Le 27 douche. Ce jour là le régiment a reçu un renfort du 93ème et du 172ème d'Infanterie. La soirée reconstitution de la compagnie. Le 28 repos. Le 29 il pleut. Le 30 à 15 heures revue en tenue de départ.

Dimanche 1er octobre repos. Le 2 départ de Moncetz en automobile à 7 heures du matin. Passé par Marson, Courtisols, Auve. On a débarqué à 4 kilomètres de Sainte-Menehould pour aller cantonner à Braux-Saint-Chayières (Braux-Saint-Cohière). Le 3 reconnaissance du secteur par les officiers car le soir même on est monté en ligne, chose qui ne nous faisait point plaisir, car après avoir attaqué dans la Somme on nous avait promis un long repos et nous avons eu que quatre jours, beaucoup de permissions et il y en avait très peu.

Secteur de la Main de Massiges (3 octobre - 31 décembre 1916)

Ce jour là (3 octobre) nous avons relevé le 41ème colonial en avant de Massiges, au Cratère. Pour y aller nous sommes passés par Courtémont, Virginy et Massiges. Dans ces deux derniers villages il n'existait plus aucune maison.

Le 4 je suis de jour. Je suis allé deux fois accompagner la corvée de soupe et le soir de garde au petit poste Caponnière. Le 5 il pleut. Le 6 repos. Le 7 au petit poste A. Dimanche 8 il pleut. Le 9 dans la soirée on a travaillé un peu. e même jour le capitaine est passé en première ligne, ce qui n'arrivait pas tous les jours. Mais il ne nous a point complimenté. Le 10 il fait beau temps. Le soir j'étais de garde au petit poste Echorne. Le 11 beau temps. Ce jour là notre sous-lieutenant Minaud est parti en cours. Le 12 je suis de cours. Le 13 à 10 heures du soir nous avons été relevés par la 10ème compagnie. Pendant dix jours de première ligne nous avions été tout à fait tranquille. Les boches nous ont laissé tranquille. Le 14 j'étais resté aux tranchées pour donner les consignes.

Dimanche 15 il pleut mais j'ai tout de même lavé mon linge. Nous étions en réserve à Massiges même, dans des abris. Le 16 le jour nettoyages. Le soir à 7 heures 60 hommes sont allés en corvée en première ligne. Le 17 distribution d'effets. Le soir corvée de 40 hommes : même travail que la veille. Le 18 il pleut. Le soir corvée de 40 hommes. J'y étais moi aussi. Le 19 il pleut, le soir corvée de 30 hommes. Le 20 revue en tenue de départ, moi je travaille au cimetière avec 4 hommes. Le 21 également. Le 22 préparatifs pour monter en première ligne. Je comptais ce jour là partir en permission pour me trouver chez nous en même temps que mon frère. Mais elle m'a été refusée, aussi tout cela ne m'empêchait pas d'avoir un peu le cafard.

Lundi 23 à 4 heures du matin départ pour la première ligne. Le bataillon a relevé le 3ème bataillon du 44ème. Tout s'est bien passé, il faisait beau. Là on occupait les tranchées en avant du Pouce. On y était mal abrité et constamment bombardé. Nous étions qu'à quelques mètres des tranchées boches. Le soir à 6 heures je suis allé occuper avec 12 hommes et un caporal les petits postes 17 et 18 à 8 mètres des boches. Le 24 il pleut, les boches étaient un peu plus sages. A 6 heures du soir j'ai été relevé par le sergent Carouget. Le 25 il fait beau temps, aussi les boches en ont profité pour bien démolir notre première ligne avec des torpilles. Il n'y a pas eu d'accident mais toute la nuit il a fallu travailler, et avec cela occuper les petits postes 17 et 18. A 11 heures du soir j'ai fait une patrouille : Tout c'est passé sans accident. Le 26 il pleut mais on travaille toute de même. Le soir je suis allé aux petits postes avec des hommes de la première section. La journée a été calme. Le 27 journée calme. Je suis au P.P. mais je me repose. Le 28 belle journée. Bombardement de la part des boches où on n'a eu que nos tranchées démolies. Ce jour là j'étais à l'observatoire. Le dimanche 29 le soir j'étais de garde aux P.P. 17 et 18. A 11 heures du soir j'ai fait une patrouille : Tout c'est passé sans accident.Le 30 à 6 heures du matin la 7ème compagnie nous a relevé. Tout s'est bien passé mais dans la journée les boches ont encore bombardés la première ligne. Il y a eu alerte pour nous et des morts et des blessés à la 7ème compagnie.

Le 31 beau temps. Ce jour là on a travaillé comme des martyrs. L'aspirant Gaide, le sergent Adam et moi on a refait le plan des ouvrages 2, 3 et Bugeaud.

Le 1er (novembre) de 5 à 7 heures travail. Le reste du jour on a eu repos. Ce jour là le sous-lieutenant Minaud est retourné des cours et est parti en permission le lendemain. Le 2 il pleut aussi les tranchées se sont à moitié écroulées, ce qui nous a donné beaucoup de travail. Ce même jour la compagnie a changé de sergent major. Nous avions ( ?) qui a été remplacé par Braumet, qui lui est parti à Salonique au mois de novembre 1917. Le 3 dans la nuit toute la compagnie a travaillé au boyau 6. Ce même jour notre commandant de compagnie le lieutenant Bovin est passé capitaine. Le 4 le jour repos la nuit même travail que la veille.

Dimanche 5 à 9 heures du matin je partais en permission. Je n'y étais pas allé depuis le mois de janvier 1916.

J'ai pris le tacot à 13 heures au promontoire où se trouvait le poste de commandement de la brigade. J'étais à Courtémont à 14 heures et à 15 heures à Valmy où on a pris des douches, changé le linge et souper pour rien. Le 6 à 2 heures du matin départ de Valmy : passé par Châlons-sur-Marne, Vitry-le-François à 6h50. Là on a pris la direction de Jessains où on est arrivé à 8h50 et on en est reparti à 11h34 par le train I direction Troyes, Sens, Orléans à 17h35. Là on a changé de train et on est reparti à 18h40 direction Poitiers. Arrivé à Angoulême à 5h30 le 7 au matin. J'en suis reparti à 6h40 pour arriver à Pons à 10h15 pour en repartir le soir à 14h40 et arriver à Gémozac à 3h50. Ce jour là il pleut.

Le 8 et le 9 j'ai resté à la maison. Le 10 à Saint Fort. Le 11 chez nous. J'ai vu Bernard et Baudouin. Le 12 un dimanche je suis allé chez Luna. La soirée à Gémozac j'ai vu beaucoup de camarades et on a trinqué ensemble. Le soir j'ai soupé à St Simon et j'ai couché. Le 13 au soir j'ai soupé à la Foie. Le 14 j'étais chez nous.

Le 15 novembre à deux heures départ de Gémozac. J'ai repris la même direction que pour venir. Le 17 à 1 heure du matin j'arrivais à Valmy. J'ai rejoint la compagnie qui était au repos à Courtémont. Il faisait beau mais très froid. Le samedi 18 repos. Dimanche 19 repos. Il fait beaucoup moins froid qu'à l'habitude. Le 20 reformation de la compagnie. Le soir j'ai pris la garde au poste de police.

Le 21 à 6 heures du soir départ de Courtémont pour monter aux tranchées. A 10 heures nous avons relevé le 44ème au ravin des Noyers : Tout s'est bien passé mais dans la boue jusqu'aux genoux. Le 22 les boches ont été sages. Le 23 il faisait froid, journée assez calme. Le 24 à 2 heures et à 5 heures du matin alerte. Les boches ont bombardé tout le jour. Le 25 il pleut. Tout le jour bombardement continu, la nuit a été calme. Dimanche 26 journée calme. Le 27 aussi mais dans la nuit une patrouille a été faite par le caporal Siacci. Le 28 à 6 heures du matin nous avons été relevé par la première section. Tout le jour repos. Le 29 dans la nuit je suis allé avec 16 hommes travailler en première ligne. Le 30 je suis de jour.

Le 1er décembre repos. Le 2 beau temps, la nuit au travail. Le 3 de 2 heures à trois heures une patrouille a été exécutée par le sergent Nicolas et 5 hommes entre les postes 16 et 18 sans incident mais laquelle lui a rapporté des félicitations. Le soir on est allé travailler en première ligne. Le 4 il est tombé de la neige. Dans la nuit je suis allé avec 5 hommes placer des fils de fer entre les deux lignes. Le 5 temps brumeux. Je suis passé à la 2ème section remplacer un permissionnaire. Le 6 les boches ont bombardé le ravin du Pouce. Le soir nous avons été relevé par le 44ème. Tout s'est bien passé.

On est allé au repos à la côte 202 où nous sommes arrivés le 7 à 2 heures du matin. Le reste du jour repos. Le 8 décembre prise d'armes et remise des décorations. Le 9 repos. Notre capitaine est parti en permission. Dimanche 10 repos. Le 11 repos. Le 12 douche. Le 13 le matin exercice, le soir promenade. Le 14 il neige. Ce jour là on a commencé des tranchées pour nous abriter en cas de bombardement. Le 15 il fait très froid, continuation du travail. Le 16 je me suis rendu à la Neuville-au-Pont pour suivre un cours de mitrailleur. Le soir même je suis allé voir Auguste Brémaud. Dimanche 17 il est venu déjeuner avec moi à la Neuville aussi on a passé une bonne journée. Le 18 le cours de mitrailleur a commencé : le matin théorie, le soir école de pièce. Le 19 le matin théorie, le soir tir. Le 20 on nous a appris que les cours se terminaient. On a rejoint la compagnie aussitôt.

Le 21 départ de la côte 202 à 1 heure du matin. Nous sommes allés relever une compagnie du 44ème à la demie-Lune. Ce même jour le 2ème peloton est de corvée. Le 22 de jour travail, la nuit de corvée. Le 23 jour et nuit travail et corvée. Le 24 même chose que la veille.

Le 25 décembre on a passé un bien triste Noël. Le 26 repos. Le 27 travail comme à l'habitude et bombardement de la part des boches. Le 28 corvée de jour, travail de nuit. Le 29 corvée et il pleut. Le 30 forte pluie et grand vent. Le 3ème bataillon a été relevé par un bataillon du 161ème. Le 31 on nous apprend que nous allons être relevés. Comme depuis 9 jours on mène une vie qui n'est plus tenable, jours et nuits au travail et dans la boue par dessus les genoux., un coup de colère et pour que l'on puisse rien me faire faire j'ai bu pour une fois de plus un bon coup de trop et me suis couché. A minuit nous avons été relevés et bien content que l'on était.

1916 - Les ruines de Courtémont

secteur de la Main de Massiges

Suite 1917 et 1918

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1914